Les journalistes de ProPublica, l’une des rédactions d’investigation à but non lucratif les plus importantes aux États-Unis, ont organisé une grève de 24 heures mercredi. Ce débrayage marque la première action syndicale majeure depuis qu’environ 150 employés, dont des journalistes, des rédacteurs et du personnel des communications, se sont syndiqués en 2023.

La grève fait suite à plus de deux ans de négociations bloquées entre le personnel et la direction, laissant un vide critique entre la mission de la rédaction et ses accords opérationnels.

Les principaux désaccords

Alors que les augmentations de salaires et les mesures de protection contre les licenciements sont des piliers standards des négociations collectives, ce conflit est façonné de manière unique par l’intégration rapide de l’intelligence artificielle (IA) dans l’industrie des médias.

Selon les syndicalistes, les travailleurs réclament trois piliers spécifiques en matière de technologie :
Influence sur l’adoption : Une place à la table sur la manière dont l’IA est intégrée dans les flux de travail des salles de rédaction.
Sécurité de l’emploi : Protections explicites contre le remplacement par des technologies automatisées.
Transparence éditoriale : Des directives claires pour garantir que les lecteurs sont informés lorsque l’IA est utilisée dans la production de contenu.

“ProPublica, ce sont ses travailleurs”, a déclaré la journaliste vidéo Katie Campbell. “Quand plus de 100 personnes s’absentent de leur travail pendant une journée, c’est significatif.”

Une tendance croissante dans les relations de travail dans les salles de rédaction

La tension au sein de ProPublica n’est pas un incident isolé ; cela reflète une lutte plus large à l’échelle de l’industrie alors que les rédactions naviguent dans la « révolution de l’IA ». Les enjeux sont considérables : de récentes erreurs très médiatisées, telles que les erreurs récapitulatives générées par l’IA de Bloomberg, ont démontré qu’une utilisation non guidée de l’IA peut nuire à la crédibilité journalistique.

En conséquence, les syndicats comme la NewsGuild of New York (qui représente le personnel de ProPublica et certains journalistes du New York Times ) donnent de plus en plus la priorité au langage « garde-fou » dans les conventions collectives. Ces clauses visent à protéger les emplois humains et à garantir que l’IA sert d’outil aux journalistes plutôt que de les remplacer.

La position juridique et managériale

Le conflit a dépassé le cadre des rédactions et s’est étendu à l’arène juridique. Le syndicat a déposé une plainte pour pratique déloyale de travail auprès du Conseil national des relations de travail (NLRB), accusant ProPublica de ne pas avoir négocié avec le syndicat avant de mettre en œuvre une nouvelle politique en matière d’IA.

La direction maintient cependant qu’elle agit de bonne foi. Un porte-parole de ProPublica a déclaré :
– La société a proposé des propositions qui correspondent à celles acceptées par la NewsGuild dans d’autres grands organismes de presse.
– L’organisation a un historique d’emploi stable, notant qu’elle n’a jamais procédé à des licenciements.
– Ils restent déterminés à parvenir à un premier contrat « juste et durable ».

Conclusion

La grève de ProPublica met en lumière un moment charnière pour le journalisme moderne, où la lutte pour des salaires équitables est désormais inextricablement liée à la lutte pour l’action humaine à l’ère de l’automatisation. Le résultat de ces négociations créera probablement un précédent dans la manière dont les rédactions à but non lucratif équilibrent l’innovation technologique et les droits du travail.