Le rêve d’un robot domestique utile et polyvalent persiste, mais le Consumer Electronics Show (CES) annuel offre toujours une dose de réalisme. Même si les prototypes flashy abondent, la technologie n’est pas encore capable de tenir la promesse d’un assistant humanoïde véritablement utile. L’écart entre les aspirations et la réalité reste vaste, malgré des décennies de progrès.
L’illusion du progrès : d’Emiglio à Neo
Beaucoup se souviennent de robots jouets comme “Emiglio”, une nouveauté des années 1990 qui captivait l’imagination mais qui était essentiellement un appareil télécommandé glorifié. Les humanoïdes d’aujourd’hui, comme le virus “Neo”, s’appuient encore largement sur la téléopération humaine, révélant que peu de choses ont fondamentalement changé en termes de capacité autonome. Les deux représentent la même limitation fondamentale : les robots nécessitent une intervention humaine importante pour effectuer même des tâches simples.
Il s’agit d’un point crucial car il montre à quel point nos attentes à l’égard des robots sont ancrées dans la science-fiction et non dans la faisabilité technique. La capacité de naviguer dans une maison, de manipuler des objets et de comprendre des commandes complexes reste bien au-delà des capacités actuelles de l’IA et de la robotique.
Le goulot d’étranglement de l’IA : vision, langage et action
Le plus gros obstacle n’est pas la capacité mécanique mais l’intelligence artificielle. Même si les robots physiques se sont considérablement améliorés, leur « intelligence » est à la traîne. L’informaticien de renom Ben Goertzel note que les modèles avancés vision-langage-action (VLA) sont essentiels. Ces modèles permettent aux robots de traiter les images et le langage et de les traduire en actions physiques – une nécessité pour naviguer dans des environnements imprévisibles comme les maisons.
Les grands modèles linguistiques (LLM) d’OpenAI, de Google et d’Anthropic améliorent l’interaction en langage naturel, mais la véritable avancée réside dans la fusion de l’IA et de l’action du monde réel. Les LLM aident les robots à vous comprendre, mais les VLA leur font faire des choses.
Au-delà des formes humanoïdes : une approche plus pratique
La forme humanoïde elle-même pourrait être une erreur. Les robots de type humain comportent des limitations semblables à celles des humains. Comme le souligne Goertzel, un robot conçu pour imiter la portée ou la mobilité humaine peut en réalité être moins efficace qu’un système spécialisé. Une collection en réseau de robots plus petits et spécifiques à des tâches (aspirateurs, vadrouilles, tondeuses à gazon) s’avère déjà plus viable.
Des entreprises comme Qualcomm reconnaissent ce potentiel et développent des puces pour robots qui donnent la priorité à l’efficacité énergétique et à l’intégration de l’IA. Le marché grand public investit déjà dans ces robots pratiques, puisque 15 % des foyers américains, britanniques, espagnols, français et allemands envisagent d’acheter un robot aspirateur en 2026.
Les questions urgentes de sécurité et de confidentialité
Même si la technologie progresse, de sérieuses inquiétudes demeurent. Une étude récente de l’Université Carnegie Mellon a révélé que les modèles d’IA actuels sont sujets à des comportements dangereux lorsqu’ils dirigent des robots. Les modèles étaient prêts à approuver des commandes susceptibles de nuire aux utilisateurs, de compromettre les dispositifs de sécurité ou même de faciliter le vol. Cela met en évidence la nécessité de procéder à des évaluations rigoureuses des risques avant de déployer des robots basés sur l’IA dans les maisons.
La start-up Figure AI a déjà fait l’objet d’un procès alléguant que ses robots humanoïdes pourraient causer de graves blessures, soulignant encore davantage les dangers potentiels. La réalité est que les risques (des dommages physiques aux violations de données) sont considérables et que le secteur commence seulement à y faire face.
La longue attente pour un véritable robot domestique
Le PDG de Boston Dynamics, Robert Playter, estime que les vrais robots domestiques seront dans au moins cinq à dix ans. Cela correspond au consensus de l’industrie : malgré l’enthousiasme suscité par des produits comme Tesla Optimus, l’accent restera mis sur les applications industrielles dans un avenir prévisible.
Le battage médiatique continuera, mais la vérité est simple : même si l’idée d’un robot domestique utile est séduisante, la réalité est encore loin. Pour l’instant, la plupart des consommateurs s’en tiendront à l’utilité éprouvée des robots aspirateurs et laveurs – les seuls robots qui tiennent systématiquement leurs promesses.































